Barbe à pop
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ARCHIPELS LIBRES – Cartographie des squats lyonnais des années 2000


SQUATS LYON – APPEL À PARTICIPATION

Squateuses, squateurs, ami-e-s des squats,

Nous sollicitons votre participation à la réalisation d’un livre sur la question des squats à Lyon.

Documenter, garder traces de nos histoires communes, des contre-cultures, des cultures minoritaires, des expérimentations en tous genres qui remettent en question l’ordre établi, nous semble utile et nécessaire pour élaborer des imaginaires communs sur lesquels s’appuyer dans nos présents et nos devenirs.

Nous vous proposons de préparer collectivement un recueil de textes et images réalisés par les squatteurs et squatteuses et par les personnes qui vivent et font vivre ces espaces libres.

Il pourrait s’agir d’interviews, de récits, de manifestes, de communiqués de presse, de journal intime, de souvenirs marquants, d’archives (photos, documents), mais pourquoi pas aussi de textes d’analyse, de regards historiques ou de récits de fiction, de dessins, toute une matière hétéroclite qui nous l’espérons rendrait compte des squats lyonnais, de leurs intentions, de leurs modes d’organisation, de leurs revendications, de leurs luttes, des fêtes, des procès, de leurs expérimentations, de leurs habitants, de leur réalité quotidienne, dans leur grande diversité. Le recueil prendrait sens dans l’accumulation de textes et documents variés, personnels et collectifs.

Nous imaginons nous concentrer plutôt sur les squats où ont/avaient lieu ateliers, réunions, discussions, concerts, projections, etc. et qui sont/étaient plus que des lieux d’habitation.

Il serait intéressant de faire quelque chose sur la période très active des squats des pentes de la Croix-Rousse dans les années 80/90 mais nous proposons ici de plutôt nous intéresser d’abord à la période qui suit, c’est-à-dire depuis les années 2000 jusqu’à aujourd’hui.

Les squats sont des espaces importants dans la ville, des espaces où l’on peut respirer, des tentatives de zones autonomes, souvent temporaires, parfois heureusement plus pérennes. Nous estimons beaucoup comment les squatteurs et squatteuses s’organisent, constituent des lieux collectifs, qui s’inventent au quotidien, et remettent en question les normes de plus en plus contraignantes dans les villes. Pour autant, les squats ne sont pas sans contradictions ou sans difficultés, ce que nous pouvons aussi interroger collectivement.

Aussi, nous constatons comment, dans les villes d’Europe aujourd’hui, une mode s’est développée à investir les friches industrielles pour y proposer des activités soi-disant culturelles, qui sont en fait principalement des lieux motivés par l’argent. Tandis que dans le même temps la répression nous semble avoir considérablement augmenté à l’encontre des squats (moins de tolérance, délais d’expulsion nettement réduits, nouvelles législations de l’état d’urgence). On pense à ce qu’est devenue la Miroiterie à Paris pour ne citer qu’un exemple, ou comment des hangars industriels de Lyon 7e anciennement squattés deviennent des lieux de « fooding ». Il nous semble que ces nouveaux lieux urbains, appelés «tiers lieux », « lieux intermédiaires » ou « friche artistique », récupèrent souvent une esthétique héritée de la culture squat tout en omettant/niant la culture contestataire qui accompagnait l’occupation d’espaces laissés à l’abandon. Il y a si peu d’écrits sur ce que sont les squats et cela nous semble nécessaire de formuler les différences, notamment à l’attention des jeunes qui se rendent dans les squats à l’occasion de fêtes et concerts. (Nous rejoignons d’ailleurs, à ce propos, la démarche entreprise par quelques un-e-s pour questionner la place de la fête dans les squats : https://rebellyon.info/Retour-sur-une-soiree-en-squat-et-19271)

Aussi comme beaucoup de communautés minoritaires, et bien sûr dans une nécessité de survie, les squats existent dans la clandestinité et laissent peu de traces. Il est bien difficile de se faire une idée de tout ce qui s’est passé à Lyon ces dernières décennies, comment par exemple se représenter la Croix Rousse squattée de toutes parts dans les années 80/90. Et il serait intéressant de raconter comment existe une continuité (ou non) entre les lieux qui s’ouvrent, les gens qui s’y impliquent. On peut aussi interroger la particularité du contexte Lyonnais, cette ville où l’implantation des identitaires se développe de façon spectaculaire (ouverture de toujours plus de locaux identifiés, le bastion, l’école Le Pen,…) sans être inquiétés ou dénoncée par la mairie ou l’État. Lyon n’est-elle pas aussi le terrain d’expérimentation des nouvelles pratiques du ministère de l’Intérieur, par exemple lors des manifestations ou à l’encontre des squats nouvellement ouverts, notamment ceux là qui sont solidaires des migrants ?

C’est par intérêt pour cette histoire à laquelle on peut se référer, que nous aimerions que soit publié un livre qui serve de mémoire, de repères, qui soit prétexte à échanger sur les pratiques passées, présentes et futures.

Pour lancer ce travail de fond, nous avons préparé, comme une première pierre, comme un préliminaire qui fixe le cadre à ce projet, une carte des squats des années 2000 (jusqu’à fin 2017), une cinquantaine de lieux aux noms évocateurs de pleins de souvenirs et d’histoires collectives. La carte n’est pas et ne peut pas être exhaustive, on vous laissera la compléter.

Ce projet ne pourrait exister que si les participant-e-s sont assez nombreux-euses.

Sans doute est-il important de dire aussi que nous ne sommes ni historiens, ni sociologues, que ce n’est pas une recherche scientifique distancière, c’est une proposition spontanée qui ne s’inscrit pas dans un cadre universitaire, il s’agira de trouver les mots justes. C’est l’idée de faire un livre qui rende hommage à des lieux que nous estimons et aux personnes qui les font exister (la participation peut bien sûr être anonyme).

Il est aussi important de dire que nous lançons cette idée mais qu’en fait, il serait aussi bien que ce soient d’autres que nous qui le fassent, car nous ne sommes pas nous même squateuses/squateurs, nous ne souhaitons pas écrire à la place des personnes concernées, nous proposons seulement d’aider à porter ce projet, d’aider à réaliser ce livre des paroles des personnes concernées et qui seraient motivées par le projet.

Voilà, nous espérons que ces quelques mots vous donneront envie, qu’on se rencontre, qu’on en parle, qu’on voit si on peut faire quelque chose ensemble,

Je dis « nous », souhaitant croire à la mise en place d’un collectif autour de cette idée,

mais tout reste à faire,

merci de votre attention,

Barbapop, septembre 2017

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juillet 2019

une carte sérigraphiée a été réalisée, fruit du travail de recherche.

Graphisme Brigade Cynophile, dessin Edith Lake

Publié en sérigraphie à 100 exemplaires.

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www.barbapop.com